La prescription de médicaments par les pharmaciens : pour ou contre ?

C’est un amendement au projet de loi santé 2022 qui fait polémique. L’objectif ? Autoriser les pharmaciens à délivrer certains médicaments sans ordonnance.

Améliorer l’accès aux soins pour tous 

C’est l’argument phare avancé par les partisans de cet amendement déposé par Thomas Mesnier, député LREM et médecin urgentiste. Officiellement voté le 21 mars dernier, le décret qui permet aux pharmaciens de délivrer directement certains médicaments nécessitant en temps normal une ordonnance continue de diviser le monde médical. « En cas de petite urgence, il est souvent difficile pour les Français d’avoir accès à une solution hormis d’aller aux urgences quand un médecin traitant n’est pas disponible » plaide Carine Wolf-Thal, Présidente de l’Ordre national des pharmaciens à l’origine de cette proposition. Il est vrai que dans certains territoires devenus des déserts médicaux, obtenir un rendez-vous en urgence chez un médecin généraliste ou un spécialiste relève parfois du challenge.

Avec cet amendement, les pharmaciens pourraient donc « délivrer, sous protocole, des traitements actuellement prescrits sur ordonnance, dans le cadre de pathologies simples et du quotidien ».

 

Le pharmacien, un professionnel de santé accessible

Contrairement aux médecins, les pharmaciens couvrent tout le territoire. Avec plus de 21 000 officines en France, ils sont les professionnels de santé les plus accessibles. 97% des Français vivent à moins de 10 minutes en voiture d’une pharmacie ! Un maillage de proximité qui renforce la relation de confiance avec les patients.

 

Désengorger les salles d’attente

C’est l’autre argument avancé par les partisans de cet amendement. « En tant qu’urgentiste, je voyais tous les jours des patients venir aux urgences à cause du manque de généralistes » souligne Thomas Mesnier. Les salles d’attente des médecins généralistes de campagne et des services d’urgence des hôpitaux étant de plus en plus saturées, le partage des compétences avec les pharmaciens est donc proposé comme une solution.

 

Quelles maladies seraient concernées ?

La liste est actuellement définie par la Haute autorité de santé (HAS) et comprend des pathologies bénignes comme la conjonctivite, la cystite, les angines ou encore la petite dermatite inflammatoire. Dans tous les cas, la délivrance de médicaments sans ordonnance devra être coordonnée par le pharmacien avec le médecin traitant, suivant un protocole établi par la HAS et après que l’officiant a reçu une formation adaptée.

« Pour une pathologie simple comme l’angine, quelques questions suivies du test du coton-tige permettent de déterminer s’il s’agit d’une angine virale ou bactérienne. Les antibiotiques sont prescrits dans le second cas » argumente Thomas Mesnier. « De même, pour une cystite, les femmes reconnaissent les symptômes et ont juste besoin d’antibiotique ».

 

Question : peut-on prescrire des médicaments sans examen clinique ?

C’est la question que soulève le Syndicat des médecins généralistes dans un communiqué qui met en garde les patients. « MG France refuse qu'au prétexte d'aider les patients, ceux-ci se voient prescrire des médicaments sans examen clinique, sans diagnostic et sans connaissance des éléments médicaux de leur dossier ». Une colère partagée par Les Généralistes-Confédération des syndicats médicaux français dont le constat est sans appel : « pour être médecin, il faut avoir fait médecine ». Tous craignent une dégradation de la prise en charge des patients, le risque d’éventuelles erreurs de la part des pharmaciens et le manque de traçabilité dans le suivi des patients.

 

Vers un nouveau rôle du pharmacien dans le parcours de soins

Historiquement, l’attribution des rôles est la suivante : le médecin examine le patient, établit un diagnostic et rédige une prescription, puis le pharmacien délivre les médicaments. Avec cet amendement, le pharmacien voit s’étoffer son rôle de conseil. « Il ne s’agit pas de faire à la place, mais en coopération avec les médecins » précise Carine Wolf-Thal. Pour Thomas Mesnier, le pragmatisme sert de justification à cet amendement qui prend en compte « la vraie vie ». Ajoutant que certains pharmaciens « dépannent déjà des patientes pour les cystites par exemple ».

 

Jeudi 21 mars 2019, les députés ont rendu leur avis et voté pour cet amendement. Ils ont aussi autorisé les pharmaciens à prescrire directement certains vaccins. « Je vais m'employer à trouver un consensus entre pharmaciens et médecins, car nous n'avons pas pu, faute de temps, avoir une concertation sur le sujet », a promis la ministre de la Santé Agnès Buzyn. Affaire à suivre donc.

 

 

 

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