30/11/18

Le VIH en 2019 : la prévention pour tous ?

Eovi Mcd - Bruno Spire AIDES

Bruno Spire, directeur de recherche à l'Inserm et Président d’honneur de AIDES, dévoile ses enseignements pour lutter contre le virus.

"Moi dans la vie, je suis séropo c'est tout". Cette réplique de Sean, militant révolté qui succombe au sida dans le film "120 Battements par minutes", est restée dans les mémoires. La fresque de Robin Campillo nous a rappelé l'an dernier la violente hécatombe des années 80/90, au moment où l'épidémie était à son paroxysme.

Plus de 35 ans après la découverte du virus, 170 000 personnes vivent toujours avec le VIH en France, tandis que près de 6000 personnes ont découvert leur séropositivité cette année. Vivre en étant séropositif est aujourd'hui possible grâce aux immenses progrès thérapeutiques réalisés. Mais si l'épidémie s'est stabilisée, elle s'est aussi enracinée. L'heure est venue de passer à l'étape d'après : la prévention pour tous, aussi connue comme étant l'arme la plus efficace pour venir à bout du virus. Pourquoi ? Tout simplement parce que les séropositifs dépistés ne transmettent plus le virus après 6 mois de traitement. En d'autres termes : se faire dépister, c'est faire reculer l'épidémie.  

Le port du préservatif est-il la seule et unique prévention face au VIH ?

"Aux débuts de l'épidémie, nous avons vécu un contexte de "terrorisme du préservatif", proposé comme la seule et unique stratégie de prévention contre le virus. Cette idéologie revenait à considérer le préservatif comme la norme absolue pour toute la vie. Il y avait un côté très moral dans cette démarche de "la capote ou rien". Or, cette stratégie s'est révélée insuffisante pour faire baisser l'épidémie. Le port systématique de la capote en toutes circonstances ne correspond pas à la réalité de la vie sexuelle des gens. Aujourd'hui, le préservatif est un des outils à disposition, mais il n'est pas le seul. On parle donc de "prévention diversifiée". Ce terme apporté par les associations revient à dire que chacun doit trouver au moins un outil de prévention et adopter sa propre stratégie."

Quelle est cette période à haut risque de transmission ?

"C'est la période pendant laquelle la personne contaminée n'est pas consciente d'avoir attrapé le virus. Il faut savoir que la charge virale (soit la quantité de virus détectable dans le sang) est extrêmement élevée pendant les mois qui suivent la contamination. Elle baisse un peu ensuite et remonte à la fin en stade Sida. Lorsque la charge virale est élevée, le risque de transmission est à son plus haut niveau. C'est pourquoi j'insiste sur le premier réflexe à adopter : le dépistage précoce. Nous voyons encore arriver des personnes qui se présentent trop tard ! Plus le virus est détecté tôt et plus on limite les risques de le transmettre autour de soi."

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Aujourd'hui en France, entre 20 000 et 30 000 personnes ignorent leur séropositivité VIH et alimentent l’épidémie.

Parmi elles, plus de 10 000 vivent en Île-de-France.

Indétectable = intransmissible

Ce slogan rappelle qu'une personne à la charge virale indétectable ne transmet plus le VIH. Autrement dit, un traitement efficace fait disparaître le virus du sang des personnes touchées. La charge virale devient alors "indétectable", même si le virus demeure présent dans certains organes appelés "réservoirs". Indétectable, donc intransmissible.

Où peut-on se faire dépister aujourd'hui ?

Vous pouvez ...

  • en parler à votre médecin traitant, afin qu'il vous prescrive un test remboursé par la Sécurité sociale ;
  • aller dans un centre de dépistage (Cegidd) pour bénéficier d'un test gratuit ;
  • vous rendre dans un laboratoire d'analyses médicales. Attention toutefois, le test n'est pas remboursé si vous n'avez pas d'ordonnance ;
  • vous procurer un autotest en pharmacie ou dans un Cegidd ;
  • faire un test rapide (TROD) auprès d'associations comme AIDES.

Notez que pour tous ces tests, vous ne serez rassurés qu’après un délai suivant le rapport à risques : 6 semaines si vous allez à l'hôpital ou en laboratoire, 3 mois si vous choisissez un test rapide ou autotest. 

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Quel dépistage recommandez-vous ?

"Tout dépend de la situation de la personne. Le dépistage avec un médecin, dans un hôpital ou en centre est la voie classique. Mais pour les personnes ayant une double vie, avec des partenaires différents, ou encore les personnes assumées qui ne ressentent pas le besoin de raconter leur histoire devant un professionnel de santé, l'autotest est une stratégie responsable plutôt que d'éviter le dépistage. A l'inverse, pour les personnes ayant besoin d'un accompagnement personnalisé, les centres communautaires d'accueil de santé sexuelle en France comme les Spot ou le 190 fournissent écoute et conseils. Dans tous les cas, se faire tester est notre première arme face au VIH. En Angleterre, l'épidémie recule essentiellement grâce à des programmes de dépistage répétés auprès des populations à risques : une vraie stratégie de fidélisation est mise en place ! SMS, rappels... Le dépistage régulier réduit la période pendant laquelle le virus est nocif et potentiellement transmissible. Ce qui m'amène à un point essentiel : le dépistage ne doit pas être envisagé comme un "one shot". Il faut le renouveler régulièrement. S'il s'avère positif, une trithérapie (traitement combinant 3 antiviraux) est commencée. S'il est négatif, la PrEP (prophylaxie pré exposition) peut être initiée."

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Quelle stratégie de prévention adopter ?

"Le préservatif reste le moyen le moins cher et le plus facile d'accès pour se protéger du VIH et des autres infections sexuellement transmissibles (IST). Il implique une décision commune entre les partenaires. A noter qu'il ne protège pas de toutes les IST, notamment dans les rapports oraux-génitaux où il est rarement utilisé. Pour les couples séro-différents, le TASP (Treatment As Prevention) a fait ses preuves. Ce traitement antirétroviral pris régulièrement permet à une personne séropositive de ne pas transmettre le virus avec zéro risque de transmission (charge virale indétectable). Enfin, pour les personnes souhaitant se protéger elles-mêmes, il y a la PrEP. Ce traitement préventif doit être initié avant toute exposition au VIH. Remboursée à 100%, la PrEP est particulièrement adaptée pour les "groupes à risques", c'est-à-dire fortement exposés au virus. Le traitement peut être pris en continu à raison d'un comprimé par jour, ou à la demande avec deux comprimés entre 2 et 24h avant le rapport sexuel, suivis d'un comprimé par jour les deux jours suivants. Vous pouvez l'obtenir dans les services hospitaliers en charge du VIH, ou dans les centres de dépistage. Son renouvellement par ordonnance peut être effectué par votre médecin et s'accompagne tous les 3 mois de bilans biologiques pour surveiller la tolérance au traitement ainsi que d'un dépistage du VIH et des IST. Ce dernier s'avère particulièrement efficace dans la détection des IST asymptomatiques (c'est-à-dire sans symptômes apparents), permettant une prise en charge plus rapide."

Chacun à son échelle est concerné par le VIH

200

Un homosexuel ou bisexuel a 200 fois plus de risques d'être exposé au VIH qu'un homme ayant uniquement des rapports hétérosexuels.

44%

En France, les homosexuels et bisexuels représentent 44% des découvertes de séropositivité.

40%

Les personnes hétérosexuelles nées dans les pays à forte endémie (essentiellement des femmes d'Afrique sub-saharienne), représentent 40% des découvertes de séropositivité en France. L'étude ANRS-Parcours en 2017 révèle notamment que la moitié de ces femmes sont contaminées sur le sol français, dans la période de grande précarité qui marque leur arrivée.

20%

Les seniors de plus de 50 ans sont de plus touchés par le VIH. Ils représentent aujourd'hui 20% des personnes diagnostiquées, soit une hausse de 22% depuis 2008. Les 3/4 sont des hommes, dont la moitié a été contaminée par un rapport avec un autre homme.

11%

Les jeunes entre 15 et 24 ans représentent 11% des personnes contaminées. 2/3 sont des garçons, dont 80% ont été contaminés par un rapport avec un autre homme.

1%

Les usagers de drogue, qui représentaient 40% des contaminations il y a une vingtaine d'années ne forment plus que 1% des personnes nouvellement infectées par le VIH, grâce à la politique volontariste de réduction des risques initiée dès 1987.

Sont également concernés : les travailleur(euses)s du sexe, les personnes trans...

"Je pense qu'il est important de bien cibler les actions de prévention : en France, nous avons eu par le passé un discours idéologique disant que le VIH concernait tout le monde de la même manière et que par conséquent la prévention devait être la même pour tous. Or, les actions dans les clubs gays ou les centres d'accueil de migrants ne sont pas censées être les mêmes que dans les lycées ou auprès de la population générale. Nous ne sommes pas tous égaux face au VIH. La PrEP a d'ailleurs été développée en premier lieu pour les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes, avant d'être étendue à tous. L'idée de départ était de fournir un médicament spécifique au premier groupe à risques ainsi qu'aux personnes n'arrivant pas à utiliser la stratégie du préservatif. Aujourd'hui, certaines personnes hésitent encore à prendre la PrEP, ne considérant pas avoir des pratiques à risques."

 

Peut-on vivre avec le VIH ?

"Nous avons fait d'énormes progrès dans le domaine des trithérapies. Au tout début, les traitements étaient très contraignants en matière d'horaires et d'alimentation et s'accompagnaient souvent d'effets secondaires pénibles. Les premiers séropositifs ont été exposés à des molécules toxiques et insuffisamment puissantes. Résultat : le virus est devenu encore plus résistant. Aujourd'hui, nous avons mis au point des traitements très puissants qui ne nécessitent pas de doses importantes. Mieux tolérés, ils sont aussi plus faciles à gérer au quotidien. Plus besoin de se lever la nuit pour prendre ses comprimés : un ou deux par jour suffisent le plus souvent. Mais vivre avec le VIH ne se résume pas à une prise de médicaments. La vie sociale reste un challenge pour les personnes séropositives, avec un accès parfois compliqué à l'emploi, au logement, aux prêts bancaires, voire aux soins médicaux chez certains praticiens. Mais c'est dans la sphère intime et personnelle que les difficultés sont les plus tenaces, distinguant très clairement le VIH des maladies chroniques. Le tabou continue d'entourer ce virus historiquement associé à un "style de vie". Les personnes séropositives ont du mal à trouver un partenaire sexuel ou affectif, sont parfois rejetées par leurs familles... Le VIH est teinté de l'image sulfureuse du sexe et de la drogue. C'est pourquoi les mentalités doivent encore évoluer pour permettre aux personnes séropositives de véritablement "vivre" avec le VIH."

"C'est tous ensemble que nous avons le pouvoir de changer le monde, de réinventer une humanité sans sida."

Line Renaud à l'ONU à New-York, 21 septembre 2017

Sources

Rapport Vih.org et Crisp Île-de-France "Le VIH en 2019 : les clés pour comprendre"

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