24/02/18

Les jeux vidéo : addictifs ou non ?

Les jeux vidéo ont-ils un potentiel addictif ?

L'OMS a décidé d’inclure l’addiction aux jeux vidéo dans sa classification internationale des maladies. Mais peut-on vraiment parler d’addiction ? Le point avec deux spécialistes. 

 Peut-on parler d’addiction aux jeux vidéo ou simplement de pratique excessive ?

Elizabeth Rossé, psychologue clinicienne à l’hôpital Marmottan responsable et membre de la Guilde, réseau clinique sur les jeux vidéo : Les personnes qui nous contactent emploient ce terme d’addiction. Dans le même temps, elles ont entre 18 et 25 ans, et sont encore en construction. Il est donc délicat de parler d’addiction. Avec les patients, j’utilise l’expression de « pratique excessive » afin d’éviter la stigmatisation liée aux addictions.

Dr Olivier Phan*,Consultation jeunes consommateurs de la Croix-Rouge et service d'addictologie de l'adolescent de la Fondation santé des étudiants de France : Peu importe la terminologie employée, la pratique des jeux vidéo a des conséquences dans le temps sur le comportement et touche les personnes les plus fragiles. Ces jeux attirent dans le monde virtuel l’ado, qui va alors abandonner le réel. La pratique excessive aggrave les pathologies comme la phobie sociale. 

 Quel regard portez-vous sur le souhait de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) d’inclure l’addiction aux jeux vidéo dans sa 11e « classification internationale des maladies » ?

Dr Olivier Phan : Il s’agit d’une bonne décision qui va permettre d’étudier le phénomène et d’effectuer des recherches dans ce domaine. Elle encouragera également les pouvoirs publics à prendre en charge ces troubles, à organiser des thérapies spécifiques et à rembourser les soins.

Elizabeth Rossé : La surexposition aux écrans, en général, constitue le débat de fond. Et, pour l’OMS, il y a un vrai sujet de préoccupation. Mais je pense que cette décision va alimenter la polémique sur l’addiction aux jeux vidéo. Il me semble que l’abus des jeux vidéo et des écrans est déjà problématique sans que l’on parle d’addiction. 

 Les jeux vidéo ont-ils tous le même pouvoir « addictif » ?

Elizabeth Rossé : On distingue deux types de jeux vidéo en ligne présentant un potentiel addictif. D'une part, les jeux de rôle en ligne massivement multijoueur (MMORPG en anglais) qui immergent les joueurs dans un monde virtuel. Les parties, qui n’ont pas de durée définie, requièrent un fort investissement de la part des joueurs pour faire progresser leur personnage. Les jeux compétitifs en ligne (MOBA en anglais), d'autre part, procurent de l’excitation. Les parties durent 40 minutes et leur dynamique est liée à la victoire.

Dr Olivier Phan : De plus en plus de jeux sont en ligne. C’est comme si de nouveaux parcs d’attractions, toujours plus beaux et performants, ouvraient tous les jours, au coin de la rue, à la porte de l’ado. Celui qui n’est pas bien dans sa peau va alors franchir la porte avec les risques que j’évoquais. Il faut aussi savoir que plus les joueurs passent de temps en ligne, plus les éditeurs de jeux gagnent de l’argent. Leur objectif est de capter les joueurs à tout prix. 

 Pour éviter de se laisser happer par les jeux vidéo, quelles sont les précautions à prendre ?

Elizabeth Rossé : Faire des pauses, « se décoller » de l’écran, prendre du recul et avoir une réflexion sur sa pratique. Ces recommandations sont identiques pour les parents, qui doivent inciter les enfants plus jeunes à jouer dans leur chambre, à sortir.

Dr Olivier Phan : Le contrôle parental est essentiel. Les adultes doivent limiter le temps de jeu. Il y a un temps pour les loisirs, un pour la famille et un autre pour le travail. Il faut équilibrer ces trois temps.

* Olivier Phan est aussi co-auteur de « Jeux vidéo, alcool, cannabis. Prévenir et accompagner son adolescent », aux éditions Solar.

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