12/04/18

Infarctus : reconnaissez les symptômes féminins

Les femmes doivent prendre soin de leurs cœurs

Saviez-vous qu’une femme qui fait une crise cardiaque n’a pas les mêmes symptômes qu’un homme ? Le point avec Dr Yves El Bèze, directeur médical de l’Institut Cœur Paris Centre.

 Lorsqu’une femme fait un infarctus du myocarde (crise cardiaque), ses symptômes sont-ils différents de ceux d’un homme ?

Dr Yves El Bèze : Tout dépend de l’âge de la patiente. Avant la ménopause, une femme qui fait un infarctus du myocarde ressent, le plus souvent, des symptômes « typiques ». Autrement dit : une douleur située au milieu du thorax, constrictive (impression de serrement), spontanée, durable et qui est souvent accompagnée de troubles digestifs.

Après la ménopause, la patiente présente des symptômes qui sont plus complexes à interpréter, y compris par un médecin. Certaines peuvent ressentir des douleurs isolées à l’épaule assimilables à de l’arthrose, ou des maux digestifs (nausées, vomissements) qui seront attribués à l’existence d’un ulcère ou d’un reflux. Les bouffées de chaleur, l’essoufflement et la fatigue liés aux petits efforts de la vie quotidienne sont également des signes d’alertes. Mais ils sont généralement mis sur le compte de l’avancée en âge… 

 Plusieurs études ont montré que l’infarctus est moins bien diagnostiqué chez les femmes que chez les hommes, est-ce lié à cette différence de symptômes ?

Dr Y.E.B. : En partie. Un médecin sera plus sensible au risque d’infarctus chez un homme que chez une femme (à profil cardiovasculaire et à situation équivalente). Car les femmes restent victimes de l’idée selon laquelle leur cœur est protégé par leurs hormones (œstrogènes). Ce qui est vrai avant la ménopause (toutefois, l’association de la pilule et du tabacaugmente le risque d’infarctus du myocarde et d’accident vasculaire cérébral). Résultat, une femme qui fait une crise cardiaque sera prise en charge en moyenne une heure plus tard qu’un homme.

 Quelles sont les conséquences d’un mauvais diagnostic ou d’un diagnostic tardif dans le cadre d’un infarctus du myocarde ?

Dr Y.E.B. : Un diagnostic précoce permet aux patients de recevoir un traitement adapté le plus vite possible, idéalement dans les trois premières heures. L’objectif est d’éviter que l’infarctus s’étende et de limiter ses complications immédiates : troubles du rythme cardiaque, décès…

Par ailleurs, une étude anglo-suédoise a récemment mis en évidence qu’après un infarctus, les femmes sont moins bien suivies que les hommes. À titre d’exemple, le traitement classique « bétabloquants, statines, aspirine » est beaucoup moins prescrit aux femmes qu’aux hommes après une crise cardiaque. Là encore, recevoir les soins adaptés permet d’éviter les complications à moyen et long terme, au premier rang desquelles le risque de récidive.

 Comment lutter contre ces inégalités ?

Dr Y.E.B. : Dans un premier temps, il est essentiel de sensibiliser les femmes qui présentent des facteurs de risque cardiovasculaire (fumeuses, stressées, hypertendues, diabétiques, dyslipidémiques, en surpoids). Si elles ressentent les symptômes mentionnés plus haut, elles doivent consulter un cardiologue pour réaliser un bilan et une évaluation. Ensuite, surtout en ce qui concerne la prise en charge post-infarctus, il est nécessaire que les médecins analysent leur pratique. L’enjeu ? Comprendre d’où proviennent les inégalités de prise en charge pour mieux y remédier. 

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