Et si on reprenait du poil de la bête ?

Encensés ou décriés, les poils ne laissent pas indifférents. Et pour cause : leur rôle sur notre santé est essentiel. Pourquoi, comment ? On vous dit tout ici !

15/09/20
Temps de lecture estimé : 5 minutes

Aisselles, jambes, lèvre supérieure… Pourquoi diable cette pilosité ? Réponse : parce que les poils nous protègent. De quoi ? Des rayons UV du soleil, mais aussi des variations de température extérieure. Par exemple lorsqu’il fait très chaud, ce sont les poils qui retiennent notre sueur et rafraîchissent l’organisme. Idéal pour ne pas se déshydrater trop vite ! A l’inverse, ils se dressent lorsqu’on a froid pour emprisonner l’air tiède et éviter la déperdition de chaleur : c’est la fameuse « chair de poule ». 

 

Une protection au poil 

Et que dire de nos cils et sourcils ? Ce sont eux qui protègent nos yeux de la poussière et de la lumière ! Idem pour les poils des oreilles, qui protègent nos conduits auditifs. Quant à ceux qui recouvrent l’intérieur des narines, les personnes sujettes aux allergies peuvent les remercier : ils empêchent le pollen et les poussières d’entrer en masse dans nos voies respiratoires. Très sensibles, ces poils jouent aussi un rôle d’avertisseur : si un insecte s’engouffre dans votre nez alors que vous ne vous y attendiez pas, celui-ci va picoter et déclencher un éternuement salvateur. Pratique tout de même.

 « Nos follicules pileux (ces cavités de la peau où naissent les poils) sont associés à une glande sébacée qui sécrète du sébum à la surface de la peau, explique le Dr Nina Roos, dermatologue et auteure du livre Une peau en pleine forme. Cette substance huileuse renforce l’imperméabilité de l‘épiderme, ce qui le protège ». Sous la surface, le poil joue donc un rôle important dans l’équilibre de notre derme.

 

Une nature commune aux hommes et aux femmes 

Si notre toison s’est atténuée avec les millénaires, disparaissant même de nos paumes et de la plante de nos pieds, elle n’en demeure pas moins bien présente aujourd’hui. Nos follicules pileux sont encore nombreux ! Et contrairement aux idées reçues, les hommes et les femmes ont le même nombre de poils sur le corps : 5 millions ! Ce qui varie ? Leur nature et leur calibre. En cause, les hormones sécrétées à la puberté. « Sous l’influence des hormones masculines, les garçons développent à l’adolescence des poils épais sur le visage, le torse et le ventre, là où les jeunes filles conservent du duvet, précise le Dr Nina Roos. En revanche, le duvet des jambes, des bras, des aisselles et du pubis se transforme en poils matures, longs et colorés chez les hommes comme chez les femmes ». Malgré leurs différences, les poils remplissent les mêmes fonctions protectrices chez les hommes et chez les femmes. 

 

Tous égaux face aux poils ?

Pas sûr. Intéressons-nous à l’histoire du poil pour y voir plus clair. Dans l’Égypte antique comme dans l’Empire gréco-romain, l’épilation du corps était un rituel hygiénique mixte, synonyme de pureté pour les hommes comme pour les femmes. Une vision égalitaire qui va être bouleversée à la Renaissance… 

Le XVIe siècle est en effet marqué par de nouveaux symboles : la barbe et la moustache représentent chez l’homme un signe extérieur de virilité, voire de sagesse et de pouvoir. À l’inverse, les canons esthétiques féminins s’orientent davantage vers une peau glabre et claire. « C’est cette opposition entre le lisse féminin et le dru masculin qui a été une constante à l’échelle de l’histoire des sociétés euro-méditerranéennes », note Christian Bromberger, professeur émérite à l’université d’Aix-Marseille et auteur du livre Les sens du poil. Les femmes se mettent à traquer les poils « visibles » (sur le visage notamment), tandis que les poils « cachés » (sous les bras et le pubis) sont encore considérés comme des atouts de séduction. 

Au XXe siècle, nouvelle volte-face : dès les années 20 la mode évolue, le corps se montre davantage, la baignade se démocratise… Et les publicités pour produits dépilatoires fleurissent dans les magazines féminins, tandis que les premiers rasoirs jetables (de l’américain King Camp Gillette) apparaissent dans les salles de bains. Rapidement et tout au long du siècle, les poils chez les femmes (et de plus en plus aujourd’hui chez les hommes) sont perçus comme sales et disgracieux. Il faut donc les épiler pratiquement tout le temps. Dans les années 60, « 98% des femmes américaines de moins de 44 ans déclarent s’épiler régulièrement » ! Aujourd'hui, rares sont les femmes qui ne s’épilent pas les aisselles. Les poils sont synonymes de mauvaises odeurs ! Bien que ce ne soit pas totalement faux (dans la mesure où ils retiennent les effluves de notre sueur), une bonne hygiène suffit à éradiquer les odeurs désagréables. 

 

Gare aux effets pervers de l’épilation 

Aujourd'hui, la tendance est à l’épilation, encouragée par les canons esthétiques véhiculés par le cinéma et la mode. Les femmes sont en première ligne mais aussi de plus en plus d’hommes. Pour autant, il faut rester prudent(e)s. Une zone constamment épilée est exempte de poils mais aussi de leur glande sébacée. La peau se retrouve moins lubrifiée et perd sa douceur avec le temps. Sans parler du fait que la régulation thermique du corps se fait moins bien en l’absence de poils. 

Notre conseil ? Alternez et faites des pauses dans vos séances d’épilation pour laisser la peau se régénérer. Et ce n’est pas tout : les poils jouent aussi un rôle dans l’attraction sexuelle. Ils assurent la propagation des phéromones ! « La pilosité dessine une cartographie érotique en venant souligner les zones érogènes » estime le psychanalyste Francis Hofstein, auteur de L’amour du corps. Or, l’épilation totale des poils pubiens « est une tentative de régression à un stade prépubertaire ». De plus, cette pratique expose la vulve au grand jour, la rendant plus vulnérable aux infections. Car n’oublions pas que les poils pubiens protègent des frottements (lors des rapports sexuels ou liés au port des sous-vêtements) et des microbes.
À bien des égards la traque des poils, sous couvert d’hygiène, se révèle en réalité… antihygiénique.
 

 

 

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