Cancer : et la sexualité dans tout ça ?

Perte de confiance en soi,  nausées, baisse de la sensibilité des zones érogènes… Comment retrouver une sexualité épanouie malgré le cancer ?

31/10/19
Temps de lecture estimé : 3 min

Le cancer, une épreuve pour le corps et l’esprit 

« En cas de maladie grave quelle qu’elle soit, la dimension sexuelle est altérée, désir et plaisir s’amenuisent, voire disparaissent » explique Joëlle Mignot, directrice du Pôle santé sexuelle, sexologie et droits humains à l’université Paris-Diderot. C’est d’autant plus vrai lorsque survient un cancer : la maladie, mais aussi les traitements et leurs effets secondaires altèrent le corps et l’estime de soi. Cette blessure intime et profonde a des répercussions sur la vie sexuelle, en particulier dans les cas de cancers du sein, digestif ou urogénital.

Pour le Dr Pierre Desvaux, président du Syndicat national des médecins sexologues, c’est un sujet qui reste encore tabou. « Près de 90% des malades souhaitent en parler avec leur médecins, mais seulement 40% en ont l’occasion. Or, l’ablation d’un sein est une blessure de l’image corporelle qui altère le pouvoir de séduction ; les traitements antihormonaux coupent le désir, entraînent des sécheresses vaginales et des irritations ; retirer la prostate abîme les nerfs érecteurs… »

 

Qu’en disent les patients ?

En 2000, Catherine Cerisey (35 ans) a eu un cancer du sein agressif, suivi d’une rechute en 2002. Tumorectomie, masectomie, reconstruction… 9 ans plus tard, elle crée un blog pour informer et encourager les femmes atteintes d’un cancer du sein, en partageant son expérience. « La radiothérapie, avec ses cortèges de rougeurs et brûlures, désinvestit le sein de tout érotisme » explique-t-elle dans un article consacré à la sexualité. « Avec l’hormonothérapie, la chimiothérapie est souvent responsable d’une ménopause précoce pour laquelle aucun traitement substitutif n’est permis. S’ensuivent des sécrétions vaginales inexistantes et donc des rapports douloureux, des bouffées de chaleur, une prise de poids, des douleurs musculaires et/ou osseuses qui ralentissent la libido ».

Pour Catherine, il est important de « redonner un pouvoir de séduction à la femme meurtrie ». Car si la sexualité peut sembler superflue dans ces moments difficiles, la négliger peut avoir des conséquences lorsque la vie reprend son cours. Dans une interview donnée en 2012, elle livre son point de vue sur la prise en charge médicale : « Le rôle des médecins, c’est avant tout de nous sauver la vie. La sexualité est accessoire face à la perspective de mourir, en tout cas pour le corps médical. Comment penser au sexe quand on doit sauver sa vie ? Or, le sexe c’est la vie et pour se sentir vivante, il faut renouer avec une vie sexuelle épanouie ».

 

L’onco-sexologie, une discipline qui monte

Pour les personnes atteintes de cancer, il est souvent difficile de savoir vers qui se tourner pour parler sexualité : gynécologue, cancérologue, médecin traitant… ? C’est pour pallier ce manque que l’onco-sexologie s’est imposée dans le paysage médical au cours des dernières années. Comme le souligne le Dr Laurence Vanlemmens, oncologue médicale au Centre Oscar Lambret à Lille : « la santé sexuelle fait partie de votre santé ! ».

Alors, quels sont les conseils prodigués par ces nouveaux spécialistes ? « Dans un premier temps, il faut s’accepter soi-même » explique Catherine Adler-Tal, onco-sexologue et vice-présidente d’Étincelle, une association pour les patient(e)s atteint(e)s de cancer. « Il est nécessaire d’intégrer psychiquement ce corps modifié, agressé, avant de se sentir prêt(e) à accepter le regard de l’autre. » Sur l’exemple de la perte de cheveux, elle encourage les patients « à ne pas penser à la place de l’autre et projeter sur lui ou elle son propre ressenti ». En d’autres termes, la communication est clé dans le couple ! Pour les patientes ayant subi une ablation du sein, elle conseille de « prendre conscience que la féminité ne se limite pas à notre poitrine ». La manière de marcher, s’exprimer ou tout simplement sourire fait partie de l’arsenal de séduction d’une personne. « Une partie vous a été enlevée ? Jouez avec le reste de vos atouts ! »

S’accepter, c’est aussi faire le deuil de son image antérieure avant d’investir autre chose. Pour le Dr Daniel Habold, onco-sexologue au sein de l’Association francophone pour les soins oncologiques de support (AFSOS), il est important d’être bienveillant avec soi-même. Ses conseils ? « Tentez de reconstruire une image qui vous satisfait. Pourquoi ne pas en profiter pour vous « relooker » et choisir une apparence qui vous correspond aujourd’hui ? ». Aux patient(e)s qui ont « honte » d’être malade, il répond ceci : « mais quelle faute avez-vous donc commise ? La vie est faite de bonheurs et d’épreuves. Faites des projets et partagez-les ! ».

Contre les douleurs physiques ressenties pendant les rapports sexuels, il existe des traitements médicamenteux, mais aussi des techniques spécifiques de massage, relaxation, sophrologie ou encore kinésithérapie. De l’utilisation de lubrifiants aux caresses seul(e) ou à deux, les solutions existent : l’essentiel est d’en parler avec un professionnel de santé pour trouver la bonne alternative.

Pour en savoir plus

La Ligue contre le cancer vous conseille sur la sexualité pendant et après le cancer : découvrez leurs brochures à destination des femmes et des hommes

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