Aider les aidants : une réalité ?

Aujourd’hui, un Français sur six accompagne une personne en situation de dépendance, soit 11 millions d’aidants sur tout le territoire. Mais comment les aider à leur tour ?

15/10/20
Temps de lecture estimé : 7 minutes

En 2017, 80% des aidants avaient « le sentiment de ne pas être suffisamment aidés et considérés par les pouvoirs publics » selon un baromètre réalisé par le Ministère des solidarités et de la santé. Trois ans plus tard, où en est-on ? Les conclusions de la consultation citoyenne réalisée dans le cadre de la concertation Grand âge et autonomie de 2019 sont formelles : l’amélioration des conditions de travail et de vie des proches aidants fait partie des quatre priorités des Français. Comment concilier travail, vie perso et accompagnement d’une personne en situation de dépendance ? Pour bon nombre d’aidants, « le manque de temps » est la principale difficulté (38%), suivie de la « fatigue physique » (32%). État des lieux de leur situation. 

 

Déconstruire les idées reçues 

Pour aider les aidants, il faut d’abord les comprendre. Et donc apprendre à les connaître. « Un profil-type de l’aidant s’est dessiné au fil du temps, qui met en scène une femme de plus de 50 ans » explique Gwénaëlle Thual, présidente de l’Association française des aidants. Une idée reçue qui ne reflète pas la réalité. Les aidants aujourd’hui sont :

  • Une population mixte : 57% de femmes et 43% d’hommes.
  • Une population de plus en plus jeune : 81% ont moins de 65 ans, 44% moins de 50 ans et 500 000 d’entre eux ont moins de 25 ans. 
  • Une population souvent active : 61% ont une activité professionnelle, dont 53% de salariés.
  • Une population qui s’ignore : 54% des aidants ne sont pas au courant de leur statut d’aidant (et des droits associés).

Par ailleurs, 90% des aidants aident un membre de leur famille, dont 52% un parent.  Cela peut être une personne âgée ou une personne en situation de handicap. En effet, plus de 4 millions d’aidants en France s’occupent de personnes ayant moins de 60 ans. 

Que dit la loi ?
Le proche aidant est reconnu par la loi dans le code de l’action sociale et des familles : selon l’article L.113-1-3, est considéré comme proche aidant d’une personne âgée son conjoint, le partenaire avec qui elle a conclu un pacte civil de solidarité ou son concubin, un parent ou un allié, définis comme aidants familiaux, ou une personne résidant avec elle ou entretenant avec elle des liens étroits et stables. Cette personne lui vient en aide, de manière régulière et fréquente, à titre non professionnel, pour accomplir tout ou partie des actes ou des activités de la vie quotidienne (la toilette, l’habillage, l’alimentation, les soins médicaux, le déplacement, les transferts, l’accompagnement à la vie sociale, l’assistance pour les démarches administratives, le soutien psychologique…).

 

 

Le rôle grandissant des aidants dans la société 

Les aidants occupent une place de plus en plus importante dans la prise en charge de la maladie, du handicap et de la vieillesse. Selon l’Insee, le nombre de personnes âgées dépendantes devrait atteindre les 2,3 millions de personnes en 2060 (contre 1,2 million en 2013). Imaginons que le nombre d’aidants suive cette progression : ils pourraient être 20 millions en 2060 ! On le constate déjà aujourd’hui : les aidants sont passés de 8,3 millions en 2014 à 11 millions en 2020. 

 

Comment se sentent les aidants aujourd’hui ?

Selon l'Insee, 83% des aidants disent ressentir « une charge lourde » et éprouver « un sentiment de solitude », tandis que 75% se sentent « anxieux, stressés ou surmenés ». Il y a là un véritable enjeu de santé publique. C’est pourquoi depuis une vingtaine d’années, l’accompagnement des aidants fait l’objet de politiques publiques. On le voit aux plans de santé publique ou médico-sociaux ciblés (sur des maladies ou la prise en charge de handicap spécifique) qui consacrent désormais systématiquement un axe à l’amélioration des conditions de vie des aidants. Mais est-ce suffisant ?

L’aidant doit-il être uniquement considéré au regard des besoins de la personne aidée ? 

 

Que font les pouvoirs publics ?

En 2017, la stratégie nationale pour soutenir et accompagner les aidants de personnes en situation de handicap a posé 26 actions, structurées autour de 4 axes : informer et conseillers les aidants, reconnaître leur expertise et leur statut, les former et améliorer l’offre de répit. L’année suivante, le rapport Gillot analyse plus en détails la situation professionnelle des proches aidants. Dominique Gillot, présidente du conseil national consultatif des personnes handicapées, pointe dans ce rapport « le repli qu’engendrent les obligations d’aidant pour un salarié », mais aussi « la perte du lien social, la dépression et les risques de détérioration de la santé ». Ce qu’elle propose ? La création d’un véritable statut d’aidant qui soit ciblé sur ses besoins autant que sur ceux de la personne aidée, via une actualisation des différents textes de loi. Sécurisation du cadre juridique, implication des employeurs, valorisation des acquis de l’expérience des proches aidants, soutien au retour à l’emploi… Le rapport évoque plusieurs pistes d’action et met en exergue l’indispensable convergence des dispositifs (droits à congés spécifiques, prestations compensatoires, services d’aides pour aidant, majoration des durées d’assurance retraite). 

À la suite de ce rapport et en lien avec les futurs projets de loi sur le handicap et sur le grand âge et l’autonomie, le gouvernement d’Édouard Philippe a dévoilé, le 23 octobre 2019 les grands axes d’une nouvelle stratégie 2020-2022 : « Agir pour les aidants ». Élaborée à partir des besoins exprimés par les aidants eux-mêmes, cette stratégie compte 6 priorités, déclinées en 17 mesures clés. Parmi les mesures phares ?

  • Une ligne téléphonique d’écoute anonyme et gratuite (0 800 360 360), pour informer, orienter et échanger 
  • La création d’un réseau de lieux d’accueil physique pour tous les aidants
  • Le développement des maisons de répit sur tout le territoire 
  • L’indemnisation du congé de proche aidant depuis le 1er octobre 2020 et qui entraîne automatiquement des droits à la retraite 
  • Une meilleure souplesse dans l’utilisation des congés spécifiques de courte durée dans l’entreprise
  • Des mesures pour prévenir la santé des jeunes aidants (moins de 25 ans)

« Agir pour les aidants » essaie de prendre en compte la transversalité entre les politiques en faveur des personnes âgées, des personnes en situation de handicap ou encore de celles souffrant de maladies chroniques. Plutôt qu’un statut, cette nouvelle stratégie considère la diversité des besoins selon les moments de la vie, comme l’a souligné l’Association française des aidants dans une tribune en 2019.

Une enveloppe de 400 millions d’euros est prévue sur 3 ans, dont 105 millions pour le répit. Mais cette enveloppe sera-t-elle suffisante ?

Zoom sur… l’Allocation journalière du proche aidant  

« C’est une forme concrète de reconnaissance du rôle des proches aidants dans la société » souligne l’Association française des aidants. C’est aussi une mesure phare de la stratégie 2020-2022. Pour autant, l’association appelle à « rester vigilants quant à l’accessibilité et au recours à ce congé » et souhaite « élargir davantage son champ d’application afin de répondre au mieux à la diversité des situations des aidants ». L’association pointe en effet que pour être éligible à ce dispositif, « les aidants doivent justifier d’un taux d’incapacité permanente au moins égal à 80 % de la personne accompagnée, et/ou bénéficiant de l’allocation personnalisée d’autonomie (APA) en raison de situations relevant d’un GIR 1, 2 et 3 ». Beaucoup de situations (par exemple dans le cadre de maladies chroniques) ne rentrent pas dans ces critères d’éligibilité…

 

Le 5 octobre 2020, le premier comité de suivi de la stratégie nationale « Agir pour les aidants » a permis de de faire un point d’étape : selon le gouvernement, 50% des mesures seront déployées d’ici la fin 2020. Il a été suivi le 6 octobre d’une visite du Président de la République à la Plateforme Handicap Répit des Aidants (PHARE), au sein de l’association Œuvres de secours aux enfants (OSE) à Paris. Eovi Mcd mutuelle aux côtés des aidants

« Notre mutuelle propose des services spécifiques pour les aidants » indique Elodie Lévy, Responsable Prévention Promotion de la Santé. Parmi ces offres ?

  • Des services pour surmonter l’irruption ou l’aggravation de la perte d’autonomie : téléassistance, bilan mobilité, conseils d’un nutritionniste…
  • Des prestations face à l’urgence d’une hospitalisation de l’aidant : bilan social, aide à domicile, services de proximité, garde de nuit de la personne aidée, accompagnement à l’entrée en établissement… 
  • Des services pour accompagner un besoin de répit : garde de jour, garde de nuit, enveloppe de services de 300 €…

« Nous proposons également des actions de prévention à destination des aidants, notamment sous la forme de groupes de paroles » souligne Elodie Lévy. « Les aidants peuvent aussi participer à des ateliers thématiques autour du bien-être, des gestes de premiers secours ... ». Si ces ateliers sont ouverts à tous les adhérents, ils ont une résonnance plus forte auprès des aidants. Et en entreprise ? « Informer pour mieux accompagner, c’est l’objectif que s’est fixé Eovi Mcd mutuelle à ce sujet » indique-t-elle. « C’est pourquoi nous proposons depuis deux ans une campagne de sensibilisation pour nos entreprises adhérentes ». Brochures, infographies, affiches, messages pour affichage dynamique… A travers ces outils de communication, la mutuelle donne des clefs de compréhension aux collaborateurs et aux managers/décideurs d’entreprise. « L’entreprise est un lieu important pour promouvoir la santé des aidants surtout lorsque l’on sait que la situation d’aidant a des conséquences sur l’activité professionnelle en termes d’absentéisme, de présentéisme ou de charge mentale » conclut Elodie Lévy.

Vous êtes aidant(e) ? Vous avez des droits.  

Le droit à la formation par un professionnel de santé si vous aidez une personne qui nécessite des soins qu’elle ne peut s’administrer seule.
 
Le droit à une rémunération par le proche que vous aidez s’il bénéficie de l’Allocation personnalisée d’autonomie (APA) et qu’il n’est pas votre conjoint, concubin ou Pacs ou s'il perçoit la Prestation de compensation du handicap (PCH).
 
Le droit à un dédommagement par le Département à hauteur de 85% du SMIC horaire maximum (sur la base de 35 heures par semaine) si la personne que vous aidez perçoit la PCH. 

Le droit au congé de proche aidant qui permet de cesser temporairement votre activité professionnelle si vous souhaitez vous occuper d'une personne handicapée ou faisant l'objet d'une perte d'autonomie grave. 
 
Le droit au congé de solidarité familiale (pour une durée maximum de trois mois) si vous décidez d’accompagner un proche en fin de vie.
 
Le droit au congé de présence parentale pour vous occuper d'un enfant à charge dont l'état de santé nécessite une présence importante et des soins contraignants.

 

 

Ces articles peuvent vous intéresser

Andropause : sachez la reconnaître pour mieux la traiter

Andropause : sachez la reconnaître pour mieux la traiter

Diminution de la masse musculaire, de la pilosité, troubles érectiles… Si tous les hommes voient leur sécrétion de testostérone baisser avec l’âge, seule une partie souffre d’andropause.

Exonération des cotisations sociales : décryptage

Exonération des cotisations sociales : décryptage

De nouveaux dispositifs d'exonération et d'aide au paiement des cotisations et des contributions sociales ont été mis en place dans le cadre de la crise sanitaire liée à la Covid-19. Quels sont-ils ?


Ce site web utilise des cookies afin d'optimiser l'expérience utilisateur. En naviguant sur le site, vous acceptez l'usage de ces cookies.

Accepter
En savoir plus
X