Vers la fin du remboursement de l’homéopathie ?

Eovi Mcd Mutuelle
homéopathie

Alors que 74% des Français souhaitent le maintien du remboursement des médicaments homéopathiques, celui-ci pourrait bien prendre fin cette année.

 

Pourquoi dé-rembourser les médicaments homéopathiques ?

Selon un sondage Ipsos réalisé en novembre 2018, l’homéopathie est largement plébiscitée par les Français et prescrite par un nombre grandissant de médecins. 3 Français sur 4 (77%) ont déjà pris de l’homéopathie au cours de leur vie et la majorité (58%) en a déjà pris plusieurs fois. Mieux encore : ils sont 74% à considérer que les médicaments homéopathiques sont efficaces.

Aujourd’hui, les médicaments homéopathiques sont remboursés à hauteur de 30% par l’Assurance maladie. Pour comprendre le débat qui s’est ouvert sur ce remboursement, il convient de revenir sur les événements qui ont marqué l’année 2018. C’est le 18 mars qu’une tribune signée par 124 professionnels de santé dans le Figaro met le feu aux poudres entre la médecine conventionnelle et les médecines alternatives, en particulier l'homéopathie. L'obligation d'honnêteté1 imposant de ne « prescrire et distribuer que des traitements éprouvés », ses auteurs demandent l'intervention du Conseil de l'ordre des médecins. En avril, la Ministre des Solidarités et de la Santé se prononce en faveur du maintien du remboursement sur RMC : « Ces traitements ont probablement un effet placebo. Mais s’ils continuent à être bénéfiques sans être nocifs, si ça peut éviter d’utiliser des médicaments toxiques, quelque part je pense que nous y gagnons collectivement. »

Le 18 mai, l’Académie nationale de médecine confirme sa position déjà exprimée en 2004, selon laquelle l’homéopathie est « une méthode dénuée de fondements scientifiques ». 6 jours plus tard, la Ministre déclare à son tour sur France Inter que la décision de rembourser l'homéopathie a été prise "sans évaluation scientifique". Elle saisit alors la Haute Autorité de santé (HAS), qui a désormais jusqu'à février 2019 pour évaluer l’efficacité et le bien-fondé de la prise en charge de l'homéopathie par l’Assurance-maladie. Le 10 janvier 2019, le Collège national des généralistes enseignants (CNGE) se prononce à son tour en faveur du déremboursement de l’homéopathie, qualifiée de « méthode ésotérique » qu’il faudrait « sortir du champ universitaire ».

 

L’homéopathie : efficace ou non ?

L’homéopathie est la plus ancienne médecine alternative en Europe, fondée à la fin du XVIIIe siècle par le médecin allemand Samuel Hahnemann. Elle repose sur le principe selon lequel presque tout mal peut être soigné en administrant la substance ou le produit qui le provoque à des doses moindres. On compte aujourd’hui en France une quinzaine de facultés de médecine proposant des diplômes universitaires d’homéopathie et quelque 5 000 médecins homéopathes.

Problème : aucune étude scientifique ne prouve « de manière fiable » que l’homéopathie ait une efficacité supérieure à celle d’un placebo. En 2017, le Conseil scientifique des académies des sciences européennes (Easac) rend un rapport jugeant qu’ « aucune preuve solide de l’efficacité des produits n’a été trouvée dans le traitement ou la prévention des maladies étudiées », tout en reconnaissant parfois « un effet placebo ». La même année, le National Health Service (la Sécurité sociale en Angleterre) cesse de rembourser les médicaments homéopathiques. Leurs conclusions font écho à l’étude rendue deux ans plus tôt par le National Health and Medical Research Council (NHMRC) en Australie, qui avait analysé de plus de 200 études datant de moins de vingt ans sur 55 pathologies différentes avant de conclure à une absence d’efficacité réelle des produits.

Le son de cloche est différent du côté du Syndicat national des médecins homéopathes français (SNMHF), qui met en avant les résultats d’une étude épidémiologique (EPI 3) financée par le laboratoire Boiron. Menée entre 2005 et 2012 auprès de 8 600 patients dans 825 cabinets de médecins généralistes (médecine conventionnelle, homéopathique et mixte), celle-ci démontre que les médecins homéopathes prescrivent moins de médicaments à l’origine d’effets indésirables notables (psychotropes, anti-inflammatoires non stéroïdiens…) « sans perte de chance potentielle pour le patient ».

Pour les médecins signataires de la tribune, le réflexe homéopathie peut créer un retard de prise en charge pour certaines pathologies. En effet, toujours selon le sondage Ipsos, 70% des Français ont recours à l’homéopathie pour traiter un problème de santé « dès les premiers symptômes ». Or, pour le SNMHF, « l’homéopathie enrichit la pratique médicale. Cette thérapeutique apporte une réponse efficace à la plupart des pathologies rencontrées au cabinet, en alternative ou en complémentarité des autres traitements médicaux auxquels elle ne s’oppose pas, et cela avec discernement. »

Pratique complémentaire à la médecine conventionnelle, l’homéopathie est donc au cœur d’un débat intense au sein de la communauté scientifique. En France, la HAS finalise son rapport qui déterminera fin février 2019 le maintien ou non du remboursement des médicaments homéopathiques. 

 

Sources

1 : article 39 du Code de déontologie et article R.4127-39 du Code de la santé publique.

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