Les jeunes boivent-ils vraiment moins d’alcool ?

Leur consommation d’alcool baisse depuis quelques années. Alors que s’achève le « Mois sans alcool », on vous apporte notre éclairage sur cette tendance.

28/01/20
Temps de lecture estimé : 5 minutes

Sans alcool, la fête est plus folle ?

Bonne nouvelle : l’enquête sur la santé et les consommations lors de l’appel de préparation à la défense (Escapad) menée en 2017 par l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies révèle depuis 2000 une baisse de 4 points de l’expérimentation de l’alcool chez les jeunes de 17 ans, ainsi qu’une baisse de 12% à 8% de « l’usage massif de 10 verres par mois ». Les alcoolisations ponctuelles importantes (API), aussi connues sous le nom de « binge drinking », dégringolent également (-24,9%). 

Cette tendance rejoint les conclusions de l’enquête menée sur un panel plus large par l’European school project on alcohol and other drugs (Espad), qui observe entre 2011 et 2015 une baisse de 61% à 51% de l’expérimentation du binge drinking chez les 15-18 ans. Même son de cloche du  côté des plus jeunes (années collège), comme le révèle l’enquête Health behaviour in school-aged children (HBSC), dont la consommation d’alcool a baissé de 46% à 30% entre 2010 et 2014.

De manière générale, la consommation d’alcool au niveau mondial chez les 16-24 ans a baissé entre 2005 et 2015. 


Autre temps, autres mœurs. En France, ce n’est qu’en 1956 que le vin est officiellement interdit aux moins de 14 ans dans les cantines scolaires ! « On continue de s’éloigner de l’alcool quotidien, de ce qu’on appelait dans les années 50 le rouge étoilé : des bouteilles de vin vendues par caisses entières, peu alcoolisées, qui se buvaient midi et soir dans les familles françaises » souligne Pierre Couteron, porte-parole de la Fédération addiction. Même si les habitudes ont la vie dure, comme en témoigne la déclaration polémique de Didier Guillaume, ministre de l’Agriculture, sur RMC le 16 janvier 2019 : « le vin n’est pas un alcool comme les autres. Je n’ai jamais vu un jeune qui sort de boîte de nuit et qui est saoul parce qu’il a bu du Côtes-du-Rhône ». Ce qui avait provoqué une réaction rapide de la ministre des Solidarités et de la santé : « la molécule d’alcool contenue dans le vin est exactement la même que celle contenue dans n’importe quelle boisson alcoolisée ». CQFD.

Vers un changement de mentalités ?

Pour comprendre les raisons de cette tendance, intéressons-nous d’abord à ce qui caractérise l’adolescence : la recherche de l’identité et la socialisation (en tête de liste). La nouvelle génération d’adolescents (« génération Z ») est plus encline à considérer la consommation excessive d’alcool comme « un truc de vieux », la rendant de fait has-been. Par ailleurs, certaines études pointent la corrélation entre l’émergence des réseaux sociaux et la diminution de la consommation d’alcool. Comprenez par-là que l’arrivée des réseaux sociaux et leur succès auprès des jeunes auraient contribué à remplir la fonction de « socialisation », auparavant facilitée par la consommation d’alcool (pour se désinhiber, faire comme tout le monde…) en soirée. Selon François Beck, chercheur au Centre d’épidémiologie et de santé des populations (CESP-Inserm), « grâce aux réseaux sociaux, les jeunes sont chez eux mais communiquent avec leur groupe, ils sont donc moins avides de se retrouver dehors dans des endroits où il n’y a pas du tout de contrôle parental, ni de présence d’adulte référent. C’est ce que j’appelle les diminutions d’opportunité d’être en contact avec l’alcool, qui contribuent à retarder l’entrée dans l’alcoolisation »

Autre effet « positif » attribué aux réseaux sociaux : l’injonction au bien-être. Instagram, Snapchat… Sur les réseaux sociaux, tout est une question d’image, en particulier chez les jeunes. Or, on voit progresser la tendance « healthy » sur ces réseaux, qui fait écho aux outils de « filtres » largement utilisés pour embellir les photos. Ces images contribuent à forger l’identité numérique des jeunes. Dry January (le « Mois sans alcool » qui nous vient du Royaume-Uni), Lundi Vert (le lundi sans viande, initié par des chercheurs français)… Ces initiatives rencontrent un certain succès chez les jeunes. « Le healthy est devenu une norme et cette injonction exerce une forte pression sur les jeunes » analyse Olivier Cenille, directeur du développement de l'institut d'études Infopro Digital Etudes. En témoigne la tendance du « spirit free » (esprit libre), qui nous vient là encore du Royaume-Uni et qui consiste à promouvoir les « mocktails », ces cocktails sans alcool. Mélangeant sirops, eaux florales, épices, fruits et légumes, ils rivalisent d’originalité et apportent un twist bienvenu aux soirées sans alcool. Résolument hype, ils représenteraient 20% du chiffre d’affaires des bars parisiens… Notez tout de même que les initiatives telles que le Dry January ont leurs limites, ce dernier servant aussi à compenser un excès de binge drinking pendant les Fêtes.

La baisse de la consommation d’alcool chez les jeunes est une tendance qui s’installe mais dont on ne sait pas (encore) si elle sera pérenne. Si le sujet vous intéresse, on vous invite à lire le rapport « Les jeunes et l’alcool » publié en 2019 par la mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca). 
 

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