Silver Eco : l’économie de demain ?

C’est une économie qui touche tous les secteurs et qui ne cesse de grandir. Sébastien Podevyn, directeur général de France Silver Eco, vous explique pourquoi. 

27/02/20
Temps de lecture estimé : 5 minutes

Qu’est-ce que la Silver économie ?


« C’est la réponse industrielle de développement de produits et services pour mettre en œuvre une société de longévité. La Silver économie n’est pas une filière traditionnelle : c’est une économie transversale qui touche tous les secteurs ! Son public est très large, il n’y a pas d’uniformité entre les seniors. Certains sont actifs, visibles et ne veulent pas être considérés comme des « seniors ». D’autres sont fragiles, ont besoin de réponses et de solutions pour les sortir de cette fragilité (qui par nature est réversible). D’autres enfin sont dépendants et se retrouvent dans une situation où ils doivent être accompagnés par des proches aidants ou professionnels de santé. Aujourd’hui en France, c'est cette troisième catégorie qui concentre le plus d'attention.

La Silver économie, c’est aussi un melting-pot d’acteurs de cultures et de milieux différents traitant de tous les sujets : médico-social, sanitaire, habitat, mobilité, inclusion sociale… La réussite de cette économie repose sur la capacité à rassembler tout le monde autour de la table. L’État et les collectivités bien sûr, mais aussi les clusters (groupement d’entreprises spécialisées sur un domaine commun), les entreprises (de la start-up au groupe mondial), les gérontopôles (centres de recherche et développement de solutions médico-socioéconomiques), les groupes de protection sociale, les mutuelles… »

Comment voyez-vous l’avenir de cette économie ?


« Il est intéressant de lire à ce sujet le rapport Libault qui préfigure le projet de loi autonomie qui sera débattue en 2020. Ce rapport émet 10 propositions clés pour passer de la gestion de la dépendance au soutien à l’autonomie. En France, nous avons ce qu’on appelle un « modèle sanitaire curatif » : si vous avez une crise en France, vous savez qu’on est capable de la gérer très vite. Néanmoins, nous avons une espérance de vie en bonne santé qui est de 10 ans inférieure à celle de pays comme la Suède, qui vivent pourtant aussi longtemps que nous. Nous devons donc faire évoluer ce modèle et nous concentrer résolument sur le volet « prévention ». Par ailleurs, il faut prendre en compte la question budgétaire : la prise en charge de la dépendance a un coût qui représente actuellement 1,4% du produit intérieur brut (PIB) français. En 2050, avec le vieillissement de la population, ce coût s’élèvera à 2,8% du PIB ! La puissance publique doit se préparer à gérer ça. Enfin, j’ajouterais que les seniors d’aujourd’hui ne sont plus les mêmes qu’avant, qui ont connu la guerre. Ce sont des seniors qui ont connu mai 68, dont les aspirations et la manière de voir les choses a évolué. Nous devons faire évoluer le regard que nous portons sur eux. »

Quelle est la place de l’innovation dans cette économie ?


« Elle est centrale ! Il faut pouvoir s’adapter à tous les états de l’avancée en âge, avec des gens de cultures différentes. Qu’on soit actif, fragile ou dépendant, CSP+ ou ouvrier, la Silver économie doit pouvoir s’adresser à tout le monde. Nous devons être capables aussi collectivement d’aborder tous les aspects de la vie des seniors : le tourisme, l’habitat adapté, les activités sociales et culturelles, la mobilité et bien sûr la santé prévention. L’innovation peut prendre toutes les formes, de la plus simple à la plus pointue. Je vais citer mon exemple personnel : ma grand-mère reçoit chaque semaine à l’Ehpad un journal conçu par les membres de la famille, où chacun met une photo légendée. Ainsi, elle continue de suivre nos vies même à distance ! 

La Silver économie est née en 2013 en France sous l’impulsion de Michèle Delaunay, alors Ministre déléguée aux personnes âgées et à l’autonomie. Cette économie étant trop complexe et transversale pour être gérée par un seul ministère, sa responsabilité a été déléguée par l’État en 2018 à l’association France Silver Eco, afin de laisser la société civile s’en emparer. Tous les deux mois, nous réunissons notre conseil national pour étudier un sujet et livrer un rapport. Le dernier en date concernait les questions éthiques quant à l’utilisation des données de la vie de tous les jours des personnes âgées. Un philosophe et un avocat se sont penchés sur la question pour nous faire leur rapport. Nous avons également produit des analyses sur l’adaptation de l’habitat, les complémentaires santé… 

Nous réfléchissons aussi aux moyens pour préparer demain un modèle basé sur le domicile, avec des innovations technologiques qui seront – on l’espère – intégrées dans la loi ! On veut que les choses avancent. Est-ce que la protection sociale va s’engager sur l’accès à ces innovations ? Est-ce que les complémentaires vont pouvoir fournir d’autres services ? Beaucoup d’argent est actuellement investi dans la fin de vie au sein de notre système curatif. Il est possible d’en déplacer une partie pour le dépenser dans la prévention et à terme réaliser des économies, tout en améliorant la qualité de vie des seniors. » 

Sébastien Podevyn a été collaborateur de cabinet dans une collectivité territoriale, puis collaborateur de parlementaire, avant de rejoindre un cabinet ministériel puis l’École Polytechnique. Il est maintenant directeur général de France Silver Eco, association qui fédère les acteurs souhaitant proposer ensemble des solutions et produits permettant de répondre aux besoins des seniors. Depuis octobre 2018, l’Association France Silver Éco a été missionnée par l’État pour assurer l’animation de la filière Silver économie et lui en a confié la présidence.
 

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