24 heures avec Séverine Bellard, infirmière coordinatrice en Ehpad

À quoi ressemble une journée dans un Ehpad en période de confinement ? Séverine Bellard, infirmière coordinatrice de l’Ehpad Beausoleil, à Mours-Saint-Eusèbe (Drôme), témoigne. 

Eovi Mcd mag Bien vieillir

En cette belle journée d’avril, il est 7 h 30 du matin lorsque Séverine Bellard franchit le seuil de l’Ehpad Beausoleil (établissement du groupe Eovi Mcd Santé et Services), où elle travaille. Impossible de prédire ce qui l’attend. Il faut dire que, depuis le 12 mars dernier, les journées de travail se suivent mais ne se ressemblent pas ! 

« À l’annonce du confinement, nous n’avons pas été pris de court. Nous l’avions même anticipé dans le cadre du déploiement du plan bleu le week-end précédent. Toutefois, nous avons été surpris par la rapidité avec laquelle la crise a pris de l’ampleur et la réactivité dont nous devons faire preuve au quotidien. Par exemple, nous avons commencé par limiter les visites, puis nous les avons interdites et aujourd’hui nous allons devoir trouver une manière de les réautoriser tout en préservant la santé et la sécurité de tous », raconte Séverine Bellard. 

En tant qu’infirmière coordinatrice, elle s’assure du bon fonctionnement de l’établissement. Depuis le 12 mars, elle est donc sur le pont et travaille en lien étroit avec la cellule de crise mise en place par le groupe Eovi Mcd Santé et Services : déploiement des protocoles, réorganisation de l’espace pour créer une zone Covid-19, mise en place de la télémédecine avec des praticiens de la clinique mutualiste, lien avec l’équipe mobile d’hygiène, déclaration quotidienne à l’ARS…

Le réseau Eovi Mcd services et soins : une force

Arrivée dans son bureau, elle allume l'ordinateur avant même de retirer sa veste. À peine la machine a-t-elle démarré que l'infirmière coordinatrice lance Excel et met à jour le tableau de gestion des stocks. Gants, masques, solutions hydroalcooliques, blouses, charlottes… Tous les jours, elle s'assure que l'équipe peut travailler en toute sécurité. « Pendant longtemps, nous avons eu peur de manquer de masques et finalement l'ARS est en mesure de nous en fournir. La semaine dernière, j'ai constaté un problème d'approvisionnement de gants. J'ai alerté le réseau qui a fait le nécessaire pour nous livrer. C'est ça aussi la force d'appartenir au groupe Eovi Mcd services et soins », précise Séverine Bellard, avant d'être interrompue par la sonnerie du téléphone posé sur son bureau. Elle décroche. Une femme appelle pour prendre des nouvelles de son papa. 

Maintenir un lien entre les résidents et leurs proches

Séverine Bellard la renseigne puis convient avec elle d'une date de visio-conférence au cours de laquelle père et fille pourront se voir et discuter. Car la suspension des visites dans tous les Ehpad décidée en parallèle du confinement a aussi bouleversé le quotidien de l'établissement. Il a fallu inventer des manières de maintenir un lien entre les résidents et leurs proches. « Nous avons commencé par mettre en place une permanence téléphonique deux fois par semaine pour répondre aux questions des familles. Puis lorsque nous avons reçu les tablettes, nous avons organisé des rendez-vous sur Skype® », explique l’infirmière coordinatrice. 

« L’animatrice a dû revoir toute sa façon de travailler »

L'Ehpad a également souscrit un abonnement au service Famileo. Les proches envoient des photos et des messages sur une plateforme qui sont retransmis aux résidents sous la forme d'une gazette imprimée et distribuée chaque semaine. « L’animatrice a dû revoir toute sa façon de travailler. Les “temps individuels” ont remplacé les animations collectives. Pour préserver au maximum la motricité et l’autonomie de nos résidents, la psychomotricienne et l’ergothérapeute ont pris le relais des kinés, qui n’interviennent plus dans l’Ehpad », indique Séverine Bellard. 

« Nous réfléchissons à la manière d’accueillir à nouveau les familles » 

Au fil du temps, tout le personnel a redoublé d'imagination pour proposer de nouvelles activités tout en respectant les règles du confinement. « Aujourd'hui, nous sommes moins dans l'urgence et plus dans la réflexion sur la manière de prendre soin de nos résidents. La semaine dernière, deux aides-soignantes ont organisé un loto. Elles se tenaient dans le couloir et les participants étaient à la porte de leur chambre. Et à la suite du discours du Premier ministre, nous réfléchissons à la manière d’accueillir à nouveau les familles tout en continuant d’assurer la protection des résidents et des professionnels », poursuit-elle. 

Transparence et communication

Si les membres du personnel sont tous mobilisés et s’impliquent pour que le confinement se passe bien, les conditions de travail n’en restent pas moins éprouvantes. Les protocoles changent à mesure que les recommandations évoluent, ce qui les oblige à s'adapter continuellement. Même s’ils le font volontiers, maintenir le lien avec les familles vient s’ajouter à leur charge de travail. Enfin, le contexte de crise sanitaire reste très anxiogène. « L’une des premières choses que je fais en arrivant, c’est de m’assurer que l’équipe est au complet ou de faire en sorte qu’elle le soit. Ensuite, la clé d’une bonne gestion de crise, c’est la transparence et la communication », affirme l'infirmière coordinatrice. Alors que les points hebdomadaires du lundi et les transmissions orales ne sont plus possibles, l’information circule de manière plus confidentielle : réunions en petit comité, entretiens individuels… 

« C’est important de se soutenir »

« Mes collaborateurs savent aussi que ma porte est toujours ouverte, qu'ils aient une question ou simplement besoin de parler. De plus, le groupe a mis en place une cellule de soutien et d’écoute pour les équipes. C’est important de se soutenir. En temps ordinaire, nous sommes déjà tous soudés mais le confinement est venu renforcer cet état d’esprit », poursuit-elle, alors qu'un aide-soignant sort de son bureau. Il vient de lui signaler qu'un monsieur n'a pas le moral. La jeune femme alerte immédiatement la psychologue pour qu'elle passe le voir. Elle jette ensuite un coup d’œil à l’heure. L'après-midi est bien avancé mais elle a le temps de rendre visite au résident en question. « Dès que j’en ai l’opportunité, je mets un point d’honneur à rencontrer les résidents. Cela me rappelle pourquoi j’aime autant mon travail. Je peux aussi donner un coup de main en cas de besoin et ainsi constater si les protocoles que nous avons mis en place sont maîtrisés », indique Séverine Bellard. 

« Nous ne sommes jamais seuls »

Autant de retours précieux qu'elle pourra partager, en fin de journée, lors de sa conférence téléphonique quotidienne avec la responsable de filière. L'ensemble des responsables d’Ehpad du territoire y participent. Chacun pose ses questions, transmet celles de ses équipes et présente ce qu’il a mis en place. « Une fois par semaine, j'ai également un point avec les médecins et les infirmiers coordinateurs des établissements pour aborder les questions éthiques, les nouvelles procédures reçues et comment les mettre en œuvre. Toutes les décisions sont prises collectivement. Au final, nous ne sommes jamais seuls, ce qui est rassurant dans un contexte en perpétuelle évolution », constate-t-elle.

« Je suis tellement fière de mes filles »

Il est plus de 18 heures quand Séverine Bellard commence à ranger ses affaires. Elle se dépêche. Elle doit aller chercher ses deux petites filles. « Au début, tout ce qu'elles voyaient c'est qu'elles étaient les seules à aller à l'école. Mais avec les professeurs et éducateurs qui les gardent après la classe, nous avons réussi à leur expliquer la situation. Je suis consciente que cette crise aura un impact sur elles que je ne mesure pas encore totalement, mais je suis tellement fière d’elles », sourit-elle. En sortant de l'Ehpad, elle jette un regard aux messages de soutien des familles. Lettres, mails imprimés ou appels téléphoniques retranscrits, tous ont été affichés à l’entrée de l’établissement comme autant de marques de reconnaissance du travail et de l’engagement de l’équipe. 

100 ans ça se fête, confinement ou pas ! 

Le 8 avril 2020, l’équipe de l’Ehpad a tout mis en œuvre pour que Mme Angela Michel puisse célébrer dignement ses 100 printemps. La nouvelle centenaire a pu souffler une bougie, déguster un bon gâteau et même recevoir quelques présents. En effet, la municipalité et le centre communal d’action sociale de Morette (Isère), « son petit village » comme elle aime l’appeler, lui avaient fait livrer de jolies fleurs. Depuis sa chambre, elle a pu partager ce moment à distance avec sa famille, et notamment son neveu via Skype®. Une grande première pour la résidente, qui n’avait jamais utilisé de tablette jusque-là. Preuve que même à 100 ans, on apprend de nouvelles choses !

 

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