Télétravail : quelles leçons tirer de la crise ?

À l’occasion de la semaine de la qualité de vie au travail, Ségolène Journoud, de l’Anact*, revient sur les premiers enseignements de la crise en matière de télétravail.

18/06/20
Temps de lecture estimé : 5 min

Qu’est-ce que la qualité de vie au travail ?

Pour l’Anact, la qualité de vie au travail repose sur trois principes : expression, action, expérimentation. Il s'agit, en premier lieu, de donner aux salariés l'opportunité de partager la manière dont ils travaillent, les difficultés qu'ils rencontrent et comment ils les surmontent afin de prendre en compte le travail réel et pas seulement le travail prescrit. Cette liberté d'expression doit s'accompagner d'une certaine liberté de faire. Les collaborateurs doivent être en mesure d'agir sur leur travail dans le cadre d'un périmètre d'action bien défini. Enfin, les entreprises ne doivent pas hésiter à expérimenter différentes formes d'organisation du travail tout en y associant les salariés dont les remarques seront prises en compte pour ajuster le projet.

Cette année, la semaine pour la qualité de vie au travail (SQVT) propose de tirer les premiers enseignements de la crise liée au coronavirus. Pourquoi ce bilan est-il essentiel ?

S.J. : En mandarin, le mot « crise » s’écrit à l’aide de deux idéogrammes : celui du danger et celui de l’opportunité. Ce paradoxe est intéressant. Il nous indique que la situation présente des risques mais qu’elle offre aussi des opportunités. Je trouve qu’il s’applique bien à la situation des entreprises et au télétravail pendant le confinement. Tirer les leçons de cette période en matière de condition de travail, notamment à distance, permettra d’améliorer la reprise de l’activité et préparer le futur de l’entreprise. Il s’agit de mettre à jour et d’évacuer les éventuelles tensions, de prendre en compte et d’encourager la poursuite des nouvelles dynamiques opérationnelles et humaines qui se sont mises en place. Je pense par exemple aux managers qui ont dû repenser, parfois au pied levé, leur manière d’encadrer les équipes en tenant compte de la distance et du contexte : ajustement des objectifs, adaptation de l’activité, maintien du lien…

Justement, en quoi la crise du Covid-19 a-t-elle impacté le rapport des entreprises au télétravail ?

Il faut bien avoir à l’esprit qu’avant la crise sanitaire, le confinement et le télétravail « forcé », beaucoup d’entreprises et d'organisations avaient une approche individuelle et au cas par cas du travail à distance. Il répondait essentiellement à des enjeux sociaux ou sociétaux d’articulation de la vie privée et professionnelle de certains salariés. Aujourd'hui, elles sont amenées à repenser le télétravail à l'aune de l'expérience de ces derniers mois, en adoptant un point de vue plus collectif et organisationnel qui tient compte des objectifs de performance, d’égalité et bien sûr de santé.  

Pourquoi et comment associer tous les collaborateurs à cette réflexion ?

Les salariés sont les premiers experts de leur travail. Ils sont les mieux placés pour dire quelles tâches ils peuvent exécuter à distance et ce dont ils ont besoin pour être efficaces. Le processus de retour d’expérience lié au Covid-19 doit donc s'inscrire dans une démarche participative. L'objectif est d’identifier ce qui n’a pas marché et pour quelles raisons ainsi que ce qui a fonctionné et grâce à quels leviers. Pour réussir à y associer l'ensemble des salariés, il existe de nombreuses méthodes. L’Anact propose notamment un kit intitulé « associer télétravail et QVT » avec un module et des outils dédiés à la mise en place et à la gestion du télétravail en situation de crise. Quelle que soit la méthode utilisée, plusieurs dimensions sont à prendre en compte dans le cadre de cette réflexion : le lieu et l’espace de télétravail, l’équilibre entre travail à distance et en présentiel, les outils, le management, le maintien du collectif et les activités réalisables en télétravail. 

Quels sont les premiers enseignements et comment repenser la QVT au regard des conditions de télétravail de ces deux derniers mois ?

Il est compliqué de répondre à cette question de manière générale. Ce qui fonctionnera pour une entreprise ne sera pas forcément efficace pour une autre. D’où l’importance de mettre les choses à plat. Le télétravail est une organisation comme une autre qui doit être structurée. L’entreprise doit s’interroger sur les raisons qui la pousse à poursuivre ou non le travail à distance à la fin du confinement. Répond-il à des enjeux structurels, sociaux, d’attractivité, d’efficacité, de santé. La réponse à cette question permettra de poser un cadre et de fixer les nouvelles règles du télétravail au moyen d’une charte ou d’un accord collectif. Ensuite, comme toute nouvelle organisation du travail, il faut l’expérimenter et surtout la faire évoluer au fil des retours remontés par les salariés.

Quelles solutions peut-on déjà déployer pour faciliter la poursuite du télétravail dans les meilleures conditions possible ?

Les entreprises peuvent constituer un comité de projets associant les directions opérationnelle et technique, les managers et les salariés pour rediscuter des enjeux du télétravail, ajuster l’organisation en fonction de ce qui a fonctionné ou non pendant le confinement. Elles peuvent également ouvrir un espace de discussion afin que tous les collaborateurs puissent partager leur retour d’expérience.

 

 

 

Sources

* Ségolène Journoud est responsable du département Élaboration des solutions de transfert à l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail.

Pour en savoir plus

Retrouvez toutes les conférences organisées par l’Anact dans le cadre de la semaine pour la qualité de vie au travail (SQVT) sur semaineqvt.anact.fr.


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