Femmes et alcool : le point de vue de Catherine Simon

Chaque année, 11 000 décès de femmes âgées de 15 ans et plus seraient attribuables à l’alcool en France. Eclairage par la docteure Catherine Simon, psychiatre addictologue...

Cancers, maladies cardiovasculaires, diabète... Nous le savons, la consommation excessive d’alcool a un impact avéré sur la santé.

En 2015, la France se classait au 43e rang sur les 53 pays de la région Europe de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), en matière de consommation d'alcool.

L'alcoolodépendance, maladie reconnue par l'OMS depuis 1978, toucherait entre 500 000 et 1 million de femmes en France. Avec chaque année 11 000 décès de femmes âgées de 15 ans et plus attribuables à l’alcool, d’après Santé publique France.

 

La docteure Catherine Simon, psychiatre addictologue et vice-présidente de l'Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie (ANPAA) revient sur les spécificités de parcours de soins et de prise en charge des femmes alcoolodépendantes.

 

Quels sont les risques liés à la consommation d'alcool spécifiques aux femmes ? 

« Pour un homme et une femme de même poids qui consomment la même quantité d’alcool, l’alcoolémie sera plus élevée chez la femme que chez l’homme. L’organisme féminin est plus sensible à l’alcool du fait de sa constitution naturelle », rappelle la Dr Simon.

Les repères de seuil de risques, identiques pour les femmes et les hommes, ont récemment changé et ne sont pas forcément connus pour le grand public. Le seuil est actuellement à une consommation de 10 verres avec 2 jours sans alcool par semaine.

La consommation d’alcool est un facteur de risque important de pathologies cancéreuses, notamment de cancer du sein chez la femme. Sur les 28 000 cas de cancers imputables à l’alcool diagnostiqués en 2015 en France, 8 100 étaient des cancers du sein, selon Santé publique France.

 

Comment identifier un comportement à risques ?

Chez les femmes, comme chez les hommes, la Dr Catherine Simon explique qu’il est important de poser la question pour évaluer toute relation d’alcoolodépendance. Il n’y a pas toujours de stigmates physiques, c’est avant tout la question du nombre de verres d’alcool par jour, par semaine, par mois qui peut orienter le diagnostic.

 

La consommation d'alcool des femmes a-t-elle globalement augmenté ?

Consommer de l’alcool sous le projecteur de la parité femme-homme doit prendre en compte la question de la charge mentale des femmes. Entre la fin du XIX e et le début du XXIe siècle, une nette évolution de la différence entre femmes et hommes peut être constatée dans la consommation d’alcool. Cette problématique serait intéressante à lier à l’évolution des rôles sociologiques des femmes et la charge mentale dont elles souffrent, véritables sujets d’actualité.

Au-delà de la pression sociale, la Dr Simon souligne le poids de la « pression commerciale ». La femme est également une cible de choix pour les lobbyings alcooliers. Depuis les années 90, de nouveaux produits sont créés spécifiquement pour inviter la population féminine à consommer.

 

Y a-t-il un profil de femmes plus exposé à l'alcoolodépendance ?

Les femmes ne sont pas toujours dans une consommation d’alcool clandestine, cachée, seule. Au contraire, la consommation sociale, en groupe, dans le cadre privé ou professionnel, est de plus en plus fréquente et mise en lien avec la question du statut social de la parité.

Selon les enquêtes statistiques de l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT), la plupart des femmes qui consomment ont un niveau d’études supérieur au baccalauréat, à l’inverse des hommes.

 

Comment accompagner les femmes touchées par l'alcoolodépendance ?

L’ANPAA propose des groupes de parole entre femmes lors desquels la question de la santé au féminin est abordée. Grossesse, suivi gynécologique, mais aussi santé mentale et parentalité sont les principaux sujets de discussion lors de ces groupes de parole.

« La thématique de la santé mentale est cruciale car bien souvent, les femmes vont plutôt se déclarer dépressives que dans une situation d’alcoolodépendance », souligne la Dr Catherine Simon.

Différents ateliers adaptés à des soucis d’esthétique sont proposés : coiffure, bien-être. Aider les femmes alcoolodépendantes à prendre soin d’elles et se reconnecter à l’image qu’elles ont d’elles-mêmes est essentiel.

La prévention se fait aussi dans l’aménagement des soins proposés : adaptation des programmes de soins pour pouvoir les accompagner (consultation, hospitalisation à temps complet ou de jour), aménagement d’espaces sécurisés pour garder les enfants en crèches pour permettre aux mères célibataires accompagnées de suivre les programmes de soins.

Ces actions de prévention ne sont pas forcément différentes de celles proposées aux hommes et sont centrées sur deux enjeux : réinvestir la question de l’estime de soi et réapprendre les gestes du quotidien.

 

Est-il possible de prévenir l'alcoolodépendance ? 

Le dépistage et le repérage de l’alcoolodépendance se font en 1er lieu par les professionnels de santé : médecins généralistes, infirmières scolaires, sages-femmes. Il est important que la question de la consommation d’alcool et d’autres produits soit abordée le plus tôt possible. À l’adolescence, la consultation pour demande de contraception est un moment important pour réinterroger la question de la consommation d’alcool.

De nombreux problèmes de santé en lien avec l’alcoolisation doivent être identifiés précocement pour éviter les risques : la santé gynécologique, rapports sexuels non protégés en état d’alcoolisation, suivi gynécologique, alcoolisation pendant la grossesse. Ces questions doivent être prises en compte dans le cadre de consultations d’addictologie.

 

Retrouvez les réponses de la docteure Catherine Simon en vidéos :

 

  1. L’alcoolodépendance, identifiable chez les femmes comme chez les hommes ?

 

2. Quelles spécificités du parcours de soins et de prise en charge des femmes ? 

 

3. Quelles idées reçues souhaitez-vous déconstruire ? 

 

4. Quel lien entre charge mentale et consommation d’alcool ?

 

5. Quelles actions de prévention mises en place pour mieux accompagner les femmes ? 

Pour en savoir plus

Où trouver de l'aide ?

Vous vous posez des questions sur votre rapport à l’alcool ? N’hésitez pas à en parler à votre médecin traitant. N’oubliez pas que les professionnels de santé ne sont pas là pour vous juger mais pour vous aider.

 

Vous pouvez également consulter les sites suivants, qui vous vous aideront probablement à répondre à certaines interrogations.

Le site dédié par Santé publique France

La Société française d’alcoologie 

Le site Alcooliques anonymes 

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