Déremboursement de l’homéopathie : le verdict de la HAS

Eovi Mcd Déremboursement homéopathie

C’est officiel : la Haute Autorité de Santé (HAS) s’est prononcée en faveur du déremboursement des médicaments homéopathiques. Décryptage d’une décision très attendue.  

Une conclusion sévère pour l’homéopathie

« Les experts estiment que l’homéopathie n’a pas démontré son efficacité » a indiqué la HAS dans son avis rendu vendredi 28 juin. Cette décision très attendue marque une étape dans le débat mouvementé qui a opposé les pro et anti homéopathie au cours des derniers mois.

La HAS s’est appuyée sur une méthode d’évaluation scientifique pour formuler cet avis qui l’a emporté presque unanimement (une seule voix contre). La commission de la transparence a analysé près de 1200 médicaments homéopathiques ainsi que 37 études scientifiques. Elle a également reçu les contributions de 29 parties prenantes (associations de patients, de médecins, Ordres nationaux, syndicats de soignants...) et étudié les dossiers déposés par les trois laboratoires concernés : les Français Boiron (leader mondial) et Lehning et le laboratoire Suisse Weleda. "24 affections et symptômes traités avec des médicaments homéopathiques" ont ainsi été étudiés, parmi lesquels l'anxiété, l'asthme, ou encore la gestion des effets indésirables des traitements anticancéreux.

Les experts se sont basés sur 5 critères d’évaluation :

  • l’efficacité des produits étudiés
  • la gravité des affections ou symptômes visés
  • l’intérêt des médicaments homéopathiques pour la santé publique
  • leur place dans la stratégie thérapeutique
  • leurs effets indésirables

Suivant la procédure, la HAS a ensuite auditionné les trois laboratoires avant de rendre son avis défavorable au maintien du remboursement de l’homéopathie par l’Assurance maladie.

Les 4 arguments de la HAS

  • Argument n°1 : l’efficacité des médicaments homéopathiques « n’est prouvée par aucune étude scientifique »
  • Argument n°2 : l’homéopathie est souvent utilisée pour des « pathologies sans gravité ou qui guérissent spontanément »
  • Argument n°3 : les données actuelles ne permettent pas d’évaluer son « impact sur la qualité de vie » des usagers
  • Argument n°4 : rien ne prouve que l’homéopathie entraîne une « réduction de la consommation d’autres médicaments »

Ainsi sur les 5 critères, seule la non dangerosité des médicaments homéopathiques a été retenue par la HAS.

 

« Soit les études ne montraient pas d'efficacité de  l'homéopathie par rapport à un placebo, soit elles pouvaient suggérer un  intérêt de l'homéopathie mais n'étaient pas assez fiables en raison de  problèmes de méthodologie. Le recours à l'homéopathie ne doit pas retarder la prescription des soins nécessaires à la prise en charge des patients, en particulier pour les maladies graves et évolutives. »

Mathilde Grande, chef du service évaluation des médicaments de la HAS

 

S’abstenir pour mieux guérir

Les experts de la HAS ont aussi voulu sensibiliser la population à l’intérêt de l’abstention médicamenteuse. C’est pourquoi ils n’ont pas hésité à rappeler dans leur avis qu’un certain nombre d’affections ou symptômes bénins peuvent se passer d’un recours systématique à un médicament, qu’il soit homéopathique ou non. Ils recommandent donc de favoriser les approches préventives ou thérapeutiques ayant démontré la meilleure efficacité lorsque les médicaments ne sont pas nécessaires. Vous avez un doute ou une question ? Consultez votre médecin traitant.

Quelles sont les prochaines étapes ?

La Ministre de la santé, Agnès Buzyn, avait annoncé à plusieurs reprises ces derniers mois qu’elle suivrait la décision de la HAS. Le Président Emmanuel Macron a tranché : les médicaments homéopathiques ne seront donc plus remboursés. Pour autant, le débat est loin d’être terminé : les laboratoires homéopathiques ont lancé la contre-offensive avec le soutien de plusieurs élus. La pétition « Mon homéo mon choix » rassemble déjà plus d’1 million de signatures et un moratoire a été demandé pour mener de nouvelles études « en utilisant les données nationales de santé afin d’évaluer l'intérêt de santé publique » des traitements. Il ne faut pas oublier qu’en 2019, 7 Français sur 10 « croient aux bienfaits de l’homéopathie ».

Quel sera le prix des médicaments non remboursés ?

Certains médicaments homéopathiques sont actuellement remboursés jusqu’à 30 % par l’Assurance maladie. En 2018, cela représentait 126,8 millions d’euros sur un total d’environ 20 milliards d’euros pour l’ensemble des médicaments pris en charge.

Le prix des traitements homéopathiques qui coûtent environ 2€ vont augmenter autour de 8€ (comme en Italie où ils ne sont pas remboursés). Le gouvernement a en effet décidé de passer le taux de remboursement de 30% à 15% en 2020, puis à 0% au 1er janvier 2021.

 

 

Sources

 

 

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