Hervé Didier « Il est capital que l’AS Saint-Étienne soit représenté dans le football féminin »

Coach des Amazones, les féminines à l’AS Saint-Étienne, depuis 2009, Hervé Didier connaît tous les secrets de l’entraînement. Organisation du staff, recrutement, cohésion de l’équipe et préparation de la saison : cap sur la D1. 


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Comment  s’organise l’AS Saint-Étienne au féminin ?

Depuis 2009, avec les entraîneurs Jérôme Bonnet, coordinateur, et Gérard Viricel, adjoint, je suis l’entraîneur principal des féminines de l’AS Saint-Étienne en D1. Le staff compte aussi Pierre-Hugues Igonin, notre préparateur physique, Alexandre Rambaud, kiné, et le professeur Rémy Philippot, médecin. Plus généralement, l’AS Saint-Étienne est constitué d’équipes féminines qui couvrent toutes les catégories d’âge. Nous avons tout construit en quelques années, en trouvant des filles qui avaient envie d’y évoluer. Aujourd’hui, beaucoup de joueuses sont désireuses de faire carrière dans le football. Au point que nous refusons des candidates. Il faut dire que les esprits ont changé. Désormais, les parents sont plus enclins à voir jouer leurs filles, et il y a eu les JO, où elles ont fait parler d’elles.

 

Qu’implique la préparation de la nouvelle saison ?

C’est un enchaînement sans fin. Il faut savoir quelles sont celles qui vont quitter le club. Ensuite seulement, on pense recrutement avec Michel Saez, le président. Une étape cruciale où nous échangeons avec de nombreuses joueuses qui aujourd’hui font appel à des agents en D1. Les conditions sont évoquées : finances, entraînements… on défend notre volonté de les faire venir, on partage les valeurs du club. Ces discussions sont un passage obligé. Après quoi, il faut préparer l’entraînement. Et la saison recommence. On n’arrête presque jamais.

 

Comment favoriser l’intégration des nouvelles recrues et la cohésion de l’équipe ?

Le stage de préparation y contribue. Il doit permettre l’intégration des nouvelles au sein de l’équipe et vis-à-vis du staff. Pour une bonne cohésion, il faut discuter, savoir ce qu’elles aiment, ce qu’elles ont fait jusque-là. On les connaît de mieux en mieux au fil de la saison. Quand on s’entraîne tous les jours, voire deux fois par jour, on voit quasiment les filles en permanence, sans parler des week-ends. Des liens se tissent.

 

Quel bilan faites-vous de leur stage d’été à l’Alpe d’Huez ?

Nous avons travaillé dans d’excellentes conditions, le beau temps avec nous, tout en prenant le temps de faire autre chose que du foot. Comme cette journée de randonnée qui nous a valu de monter à 3300 mètres. Un parcours difficile. De ceux qui resserrent les liens. C’est l’occasion de discuter avec les filles, d’apprendre à mieux se connaître, de les aider aussi. S’entraîner dans une bonne ambiance, favoriser le bien-vivre ensemble est primordial. Bien sûr, on ne peut pas réussir en s’amusant tout le temps. Même si le foot est une passion, il y a des moments difficiles. Et, il ne faut pas oublier que lorsque l’on arrive au championnat, des choix sont faits : certaines joueuses sont mises à l’écart. Sur la feuille de match, on a le droit d’en aligner 16, ce qui implique d’en laisser 8 ou 9, appelées à jouer avec la Division d’Honneur. Écarter des joueuses ne fait pas plaisir, mais ça fait partie du métier. Elles sont déçues, naturellement. Notre rôle est alors de les accompagner, de ne pas les laisser gamberger seules, mais au contraire de les aider à travailler des points précis.

 

Quels sont les critères de sélection ?

Il faut que ça rende service au groupe. C’est le mot d’ordre. L’essentiel est de former un groupe de 16 pour que l’équipe soit la meilleure possible, indépendamment de toute autre considération. Je prends la décision avec le staff. Les qualités techniques et tactiques de chacune doivent être conformes à notre projet de jeu. L’aspect athlétique des joueuses, en forme et en méforme, entre aussi en ligne de compte. Enfin, il y a les blessées... Notre objectif est d’être le plus performant possible.

 

Cette année, le recrutement s’est porté sur de jeunes joueuses, la benjamine ayant 17 ans. Pourquoi ce choix ?

Des trentenaires expérimentées ont quitté le club. Dans le même temps, nous avons accueilli huit nouvelles, la moyenne d’âge étant de… 21,9 ans. Toutes ont retenu notre attention pour leur potentiel et leur bon niveau de jeu. Nous avons aussi envie de les garder plusieurs années, deux ans au moins. Jusque-là, nos joueuses avaient des licences amateurs et pouvaient partir d’une saison à l’autre. Nous avons envie de jouer sur la stabilité et de travailler sur du moyen terme pour qu’elles progressent au sein de l’AS Saint-Étienne. Une ambition qui nécessite un investissement financier plus important. À cette fin, nous avons développé des contrats fédéraux avec des filles qui s’engagent un peu plus.

 

Quels sont vos objectifs pour la saison 2016-2017 ?

Dans le classement, les quatre premiers sont intouchables (Lyon, Paris, Juvisy, Montpellier). Nous voulons nous maintenir, et surtout, nous voulons un bon démarrage pour travailler sereinement, sans être dans le rouge comme les années précédentes, même si nous avons toujours bien fini le championnat. Notre but : atteindre la 5ème place, finir juste derrière les quatre leaders, accrocher des équipes de ce top 4.

 

Avez-vous changé de méthode pour entraîner les Stéphanoises ?

Au début, je faisais comme avec les gars. Avec le temps et l’expérience, j’ai modifié mon approche : j’anticipe. Les filles ont besoin de savoir pourquoi on exécute un exercice en particulier. Une fois qu’elles ont compris, elles le font, et elles le font bien. Il y a une réelle volonté d’apprendre chez les filles, c’est ce qui fait parfois la différence avec les garçons.

 

Le métier d’entraîneur diffère-t-il lorsqu’il s’agit de joueuses ?

Cela implique un management différent. Par exemple, lors d’un match, tout se passe dans les vestiaires. Or, pour respecter l’intimité des joueuses, un entraîneur homme n’y a pas accès. Au départ, ne pas assister aux engueulades, ne pas être en mesure de moduler pour que cela ne rejaillisse pas sur l’équipe, était une frustration. J’en ai pris l’habitude. Aujourd’hui,  les filles me font confiance et s’en ouvrent à moi. S’il y a un problème, je le vis par procuration. J’ai beaucoup appris. Chez les filles, le conflit est latent. Le jour où il explose, on ne sait pas comment ni pourquoi, mais cela peut détruire un groupe. En pareil cas, j’organise immédiatement une réunion pour désamorcer.

 

L’entraînement des féminines est-il spécifique ?

Le travail est identique, même si les capacités physiques diffèrent. On n’en fait pas moins pour autant. Elles ont des séances très difficiles, s’entraînent sans rechigner et ne perdent pas une minute. Nous misons sur la préparation physique et un travail de renforcement musculaire. Nous avons développé une méthode très poussée dans la charge musculaire et le développement de la musculation. Nous faisons également attention à la récupération, elles s’entraînent cinq fois dans la semaine, en plus des études ou du travail, ce n’est pas facile pour elles. En général, les filles sont sérieuses. À l’AS Saint-Étienne en tout cas…

 

Comment les Amazones font-elles l’apprentissage des valeurs chères à l’AS Saint-Étienne ?

Nous leur expliquons que c’est un club phare où l’image est importante. Beaucoup de supporters les suivent. Il y a des règles à respecter : dire bonjour et se donner à fond sur le terrain, quoi qu’il arrive. À Saint-Étienne, avant « on allait au charbon », aujourd’hui « on mouille le maillot ».

 

Quelles sont les valeurs du club qui vous tiennent le plus à cœur ?

Né à Saint-Étienne, j’y ai joué tout petit, je suis un ancien joueur du club, c’est mon club. La solidarité, le goût de l’effort, le travail, sont des valeurs que je garde chevillées au corps. Tout donner, faire le maximum pour que le club en ressorte grandi : voilà ce qui compte pour moi. Quant aux filles, elles ont des choses à prouver. À nos yeux, il est capital que Saint-Étienne soit représenté dans le football féminin.

Crédit photo : E. Quiblier

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